Sophie Jones et la représentation de la sexualité des jeunes femmes à l’écran

Ecrit par Joséphine Jovet

English below–

Lors de la 46ème édition du Festival du Film Américain de Deauville, nous avons eu l’occasion de visionner de nombreux films réalisés par des femmes étant donné qu’ils représentaient la moitié de la sélection officielle! Durant cette semaine riche en films, deux d’entre eux ont particulièrement attirés notre attention : Shiva Baby, réalisé par Emma Seligman et Sophie Jones réalisé par Jessie Barr. Ces deux films coming of age (ndlr: les coming of age sont des types de films se concentrant principalement sur un personnage principal passant de l’adolescence à l’âge adulte) ont une chose en commun : ils ont pour personnage principal une jeune femme utilisant le sexe comme un élément libérateur dans sa vie.

Shiva Baby (dir. Emma Seligman)
Sophie Jones (dir. Jessie Barr)

Nous nous sommes alors questionnées sur la représentation de la sexualité des jeunes femmes dans les coming of age et sur l’importance que cela peut avoir, surtout lorsqu’il s’agit de films écrits et réalisés par des femmes.

Le cinéma, tout comme l’art en général, influence sans cesse toutes les générations. La représentation au cinéma est donc primordiale : il est important que toute personne soit représentée, et ce, à un moment ou un autre, d’une façon réaliste.  Mais comment représenter quelque chose que l’on ne connaît pas ? que l’on n’est pas ? Comment un réalisateur blanc privilégié peut proclamer faire un film réaliste sur la banlieue, alors qu’il n’y a jamais mis les pieds ? Comment un homme peut réussir à faire un film sur la sexualité de la femme, du point de vue d’une femme, et ce en prenant en compte non pas l’image qu’il aurait d’elle mais ce qu’elle peut ressentir ? Nous sommes ici confrontés à la question du male gaze et female gaze dont l’autrice et critique de cinéma Iris Brey discute dans son essai Le regard féminin : Une révolution à l’écran

Nous tenions à aborder ce sujet aujourd’hui étant donné que la sexualité des femmes dans les coming of age nous apparaît importante. Les coming of age sont des films qui forgent, on ne peut plus se permettre de représenter la sexualité, la première fois de ces jeunes femmes telle qu’elle a été représentée durant des années : d’un point de vue masculin, avec le plaisir de l’homme au centre du rapport. 

Nous ne suggérons pas qu’il faille forcément avoir vécu un évènement ou avoir connu certaines choses pour réaliser ou écrire un film dessus, ou que tous les personnages doivent être réalistes, sinon plus personne ne ferait plus rien et le cinéma n’aurait plus de liberté. Nous mettons simplement en évidence qu’il faut grandement se renseigner avant de choisir de représenter certains sujets, en ayant en tête qu’ils auront forcément un impact sur le public. L’accent est mis sur le fait que les personnes concernées sont, a fortiori, plus à même de représenter ce qu’elles connaissent et ce qu’elles vivent ; une femme saura mieux qu’un homme représenter le désir féminin lors de scènes de sexe.

Au cinéma, l’homme jouira durant tous ses rapports et une fois qu’il aura joui, ce sera terminé. On ne représente pas, ou peu, le plaisir féminin à l’écran,  ce qui  n’a pas eu l’air de poser de problème pendant des années.  Toutefois les choses changent, nous pouvons prendre l’exemple du fantastique film de Greta Gerwig, Lady Bird, sorti en 2018. Ici,  la représentation de la première fois de la protagoniste est très bien maîtrisée : la déception et l’insatisfaction de Lady Bird sont au centre de la scène. Gerwig n’essaie pas de faire passer la première relation sexuelle pour ce qu’elle n’est pas, elle ne nous fait pas croire que le comportement de Kyle -le personnage avec lequel Lady Bird perd sa virginité – est normal, il jouit, se retire et ne lui parle pas. Le fait que Lady Bird lui crie « I was on top ! Who the fuck is on top their first time ?! » est très important, on met en avant l’absence de son plaisir et le fait que son partenaire l’ait complètement ignoré. Il est crucial de montrer les corps des femmes, de parler de leurs complexes, et bien entendu de leur plaisir.

Lady Bird (dir. Greta Gerwig)

Afin d’appuyer nos pensées, nous avons eu la chance et le plaisir d’échanger avec Jessica Barr, actrice principale et co-scénariste du film Sophie Jones

Sophie Jones a été l’un de nos coups de cœur du festival, c’est un coming of age sincère et pertinent, mettant en avant un personnage principal qui se révèle assez complexe tout en restant attachant. Bien qu’elle soit considérée comme agaçante pour beaucoup, Sophie est un personnage très représentatif de la personnalité de nombreuses adolescentes. Elle n’est pas parfaite, elle a ses défauts, mais défend qui elle est, cela crée donc un personnage très humain auquel il est facile de s’identifier. Sophie Jones raconte l’histoire d’une jeune fille de 16 ans, venant de perdre sa mère et découvrant sa sexualité.

C’est un premier long métrage maîtrisé et intelligent, tout d’abord par son scénario mais également par la mise en scène et les choix de direction de caméra. Filmé en grande partie à l’épaule, une vraie relation s’installe entre la caméra et le personnage principal, le film devient alors très sensuel et poétique. Ce choix de caméra à l’épaule est d’autant plus audacieux lors des scènes intimes de Sophie. On se retrouve vraiment avec elle, voire à sa place : sa sexualité étant un sujet central du film, elle est extrêmement bien traitée et représentée. Le film est donc d’une habileté rare, mettant en scène un personnage féminin puissant et maître de son destin et de son corps, le tout accompagné d’une BO pop/indie renversante.

Jessica Barr sur le tournage de Sophie Jones
Jessie Barr et Jessica Barr sur le tournage de Sophie Jones

Tu as co-écrit le film, pourquoi c’était important pour Jessie (ndlr sa cousine, réalisatrice et coscénariste du film) et toi d’écrire un film où la sexualité du personnage principal (en l’occurrence une jeune fille) n’a aucun tabou ? 

En grandissant, ce qui me prenait le plus de temps au lycée était de me retrouver avec mes meilleures amies et de parler de nos expériences sexuelles dans les moindres détails. Nous pouvions passer des heures dans nos chambres à parler de fellations, à pleurer en parlant de nos premières fois qui se finissaient en agressions, en nous réconfortant les unes et les autres, dans l’apprentissage de ce territoire adulte et nouveau. Le sexe comme moyen de contrôle, le sexe comme échappatoire, le sexe comme moyen de plaisir. La mort de ma mère a surement été la raison pour laquelle j’ai été obsédée par ça au lycée, mais toutes mes amies étaient toutes aussi investies dans leurs escapades et découvertes sexuelles. Je ne pense pas que j’ai cherché à écrire un film où la sexualité d’une jeune fille était traitée avec respect et sans jugement, j’ai juste écrit ce que je savais grâce aux expériences que j’ai vécu. Ma cousine (réalisatrice, productrice et co-scénariste) Jessie a été celle qui m’a aidé à mettre en forme les complexités sexuelles de Sophie Jones, et elle aurait certainement mieux pu répondre à ta question. Je suis sincèrement heureuse que Jessie ait réussi à fournir une perspective extérieure (en ce qui concerne l’aspect de la sexualité), et qu’elle m’ait poussé à explorer de nombreux aspects de la sexualité de Sophie auxquels je n’aurais jamais pensé. 

Une de mes scènes préférées, que Jessie a beaucoup façonné, est celle où Sophie se pose et a une conversation avec son amie Claire sur ses escapades sexuelles. La question du plaisir est amenée par les deux filles, et c’est un sujet très mature que je n’ai pas vu souvent dans des coming of age se déroulant au lycée. Il y a toujours la discussion à propos du sexe, et le sexe qui est montré mais il n’y a pas beaucoup de films américains qui parlent de l’orgasme féminin ou qui montrent des femmes ayant un plaisir sexuel dans leurs relations au lycée. 

Je n’avais jamais parlé, ni compris ce que c’était vraiment d’avoir un orgasme avant l’université, et donc je suis vraiment fière que dans ce film, il y ait deux filles qui parlent de plaisir sexuel parce que c’est important.  Je trouve ça fou que les mecs aux lycées aient le droit d’avoir un orgasme à chaque fois qu’ils ont des rapports sexuels alors que beaucoup de femmes n’en n’auront pas ou feront semblant parce qu’elles se sentent mal d’avoir pris leur temps.

Penses-tu que la représentation de la sexualité dans un coming of age est importante, voire peut-être nécessaire ? 

Je pense que c’est sans aucun doute important mais pas nécessaire.  Jessie a toujours dit qu’elle aimait les coming of age parce que tout était une première fois, je pense que je suis d’accord. Qu’un protagoniste ait une relation sexuelle pour la première fois, ou qu’il ait le cœur brisé, qu’il perde son meilleur ami au cours d’une dispute ou qu’il prenne la place d’un parent absent – tout est plus intense parce qu’ils ne savent pas comment ils vont gérer les conséquences de ces événements. 

Penses-tu que ce film aurait été plus facile à écrire si le protagoniste était un homme ? 

Je ne pense pas. Sophie n’est pas le personnage le plus appréciable, elle est malpolie, égoïste et compulsive. J’ai reçu différents retours me disant que c’était un personnage pour qui il était difficile d’avoir de l’empathie et de soutenir. 

Personnellement, j’aime les personnages féminins qui ne sont pas forcément les plus agréables parce que ce n’est pas quelque chose que l’on voit souvent et ça les rend donc plus humains. Si Sophie était un homme, je pense qu’il aurait été plus problématique mais peut-être pas. Il y a beaucoup de films où les hommes agissent exactement de la même façon que Sophie, et pourtant, l’audience masculine ne semble jamais les critiquer, mais ce sont souvent des acteurs secondaires et non pas les acteurs principaux. 

Comme dans Fleabag, notre protagoniste a beaucoup de défauts. Mais cela ne veut pas dire qu’elle ne mérite pas de l’amour. Beaucoup de mes personnages féminins préférés partagent le cynisme de Sophie : Julie dans 20th Century Women, Veronica dans Veronica Mars et Joey dans Dawson. Toutes ces femmes sont réservées parce qu’elles ont souffert dans leur vie, leur excentricité caustique peut les rendre insupportables pour certains, mais ce sont simplement des mécanismes de défense pour naviguer dans leur monde. 

Quel impact penses-tu que la représentation de la sexualité des jeunes adolescentes pourrait avoir sur la société actuelle ?

La construction sociale du genre est un étrange phénomène que beaucoup de structures institutionnelles refusent de prendre en compte. Les femmes apprennent sur les normes de genre de différentes façons, et une grande partie de cet apprentissage se fait par le biais des films et de la télévision.  La même chose peut être dite sur les identités raciales et tout autre type de sexualité, les images sur un écran peuvent être très persuasives surtout si c’est la première fois qu’une fille est introduite à ces sujets. Je pense que c’est vital que les femmes dirigent des projets sur les femmes, pour les scénaristes, les écrivains BIPOC et LGBTQ d’être en charge de leur propre récit. 

Pendant bien trop longtemps, ce sont des hommes blancs qui avaient le contrôle sur ces histoires et nous sommes à un moment décisif sur la façon dont les médias sont consommés et partagés. C’est une période passionnante pour être conteuse et pour grandir en tant qu’adolescente grâce à l’accès à tant d’histoires diverses qui sont produites quotidiennement sur les plateformes de streaming.  

Que penses-tu de la représentation de la sexualité des femmes dans les films et les séries ? Penses-tu que c’est réaliste ? 

Je pense que ça dépend des films et séries qu’on regarde.  Les scènes de sexe dans American Honey d’Andrea Arnold sont complètement différentes de celles dans la série CW The Vampire Diaries (mon obsession de ce confinement). 

Dans des films comme ceux d’Arnold, ou White Girl d’Elizabeth Wood ou encore Jeune et Jolie de François Ozon – ou dans des séries telles que Girls, Insecure et Normal People, les scénaristes et réalisateurs n’ont pas peur de montrer les parties des relations sexuelles qui ne sont pas intrinsèquement sexy. Ces films montrent les vérités gênantes et pénibles derrière ce que cela signifie vraiment d’être une femme pendant les relations sexuelles, et les structures de pouvoir dans l’intimité entre la race, la classe et le genre. 

Je trouve ces exemples extrêmement réalistes, mais il y a encore beaucoup de séries ou de films qui dépeignent les femmes durant le sexe comme s’ils regardaient un porno. On demande à beaucoup d’actrices de cambrer leur dos, de jouir bruyamment, d’avoir un maquillage parfait. Je pense cependant que l’intimité dans les films et à la télé change pour le mieux, et les personnes à Hollywood chargées de guider les acteurs pour les scènes de sexe deviennent doucement la nouvelle norme.

Ce que j’ai vraiment aimé avec Sophie Jones était la façon dont tu étais filmée, c’était presque comme une expérience sensorielle? Comment penses-tu que le choix de direction de caméra a un impact sur la façon dont les relations sexuelles/ le corps des femmes est perçu par l’audience ? 

Durant tout le film, notre merveilleux directeur de la photographie, Scott Miller, suit la perspective de Sophie. Scott et Jessie ont choisi la caméra à l’épaule pour une expérience plus viscérale, tout comme le style d’American Honey, nous sommes avec Sophie tout le long du film. Cela fonctionne très bien surtout lors des scènes les plus intimes, quand Sophie demande à Kevin de lui faire un suçon, nous sommes sur son visage lorsqu’elle fait l’expérience de la douleur et du plaisir. Lorsque Sophie fait l’amour pour la première fois, nous voyons son visage allant de la colère, à la frustration, à la confusion jusqu’à la terreur. 

Je ne pense pas que les scènes de sexe sont filmées pour une audience particulière, nous voulions juste être sincères quant à l’expérience de Sophie. Mais le fait que deux femmes aient écrit cela et qu’une femme le réalise permet une représentation plus complexe du sexe et de l’intimité. 

Penses-tu que le female gaze (regard féminin) est important lorsqu’il s’agit de représenter la sexualité des femmes ? 

Je pense que c’est extrêmement important. Je vais conclure mes réflexions sur ça – une de mes photos préférées de l’histoire est prise par Richard Avedon – de Patty Jenkins regardant Charlize Theron (voir ci-dessous).

Theron pose nue telle une statue classique grecque, regardant l’objectif, et Jenkins l’observe. Je pense qu’Avedon soulève un point important quant à Patty – elle ne voit pas Theron comme un objet sexuel alors que beaucoup de personnes à Hollywood ont essayé de la définir en tant que tel. Charlize est sublime et a de multiples facettes, Patty comprend ça mieux que n’importe quel homme ne le pourrait. 

Ce que je remarque dans beaucoup de films faits par des hommes, à propos des  personnages féminins, c’est qu’ils oscillent entre la sainte Vierge et l’archétype de la prostituée. La femme dans leurs films est, la plupart du temps, soit une prude soit une pute, et leur identité est construite autour de ces deux extrêmes.  Les femmes, elles, comprennent que ces étiquettes sont misogynes et qu’il est possible d’être les deux à la fois, et que leurs identités sont fondées sur bien plus que ça.

Nous remercions sincèrement Jessica Barr pour sa gentillesse et le temps qu’elle nous a accordé.

Sophie Jones and the representation of young women’s sexuality on screen

During the 46th edition of the American Film Festival of Deauville, we had the opportunity to watch numerous films that were directed by women since they represented half of the official selection! During this week rich in films, two appealed our attention: Shiva Baby, directed by Emma Seligman and Sophie Jones directed by Jessie Barr. These two coming of age movies had one thing in common, apart from being very good movies: they had for main character a young woman who used sex as a liberating element in her life.

Shiva Baby (dir. Emma Seligman)
Sophie Jones (dir. Jessie Barr)

We then questioned ourselves about the representation of the sexuality of young women in coming of ages movies and the impact it can have, especially when it comes to movies written and directed by women. 

Cinema, like art in general, constantly influences all generations. We witness the creation of characters, their relationships, and this on a daily basis, to the point that we end up assimilating what we see. We all learn something from the characters we grow up with, we even, sometimes, see ourselves in them, we want to live their life, have their story. Representation in cinema is therefore essential: it is important that everyone is included and represented in a realistic way. 

But how do you represent something you don’t know? Something you’re not? How can a man manage to make a film about a woman’s sexuality, from a woman’s point of view, considering not the image he would have of her but what she might feel?  It’s the whole problematic of the male gaze and female gaze, which the French author and film critic Iris Brey discusses in her essay Le regard féminin: Une revolution à l’écran (Female Gaze: a revolution on screen).

We wanted to discuss this topic today since the sexuality of women in coming of age movies seems essential to us: coming of age movies are films that create us, we cannot allow to represent sexuality, to represent the first time of young women as it has been done for years: from a man’s point of view, with the pleasure of the man at the center of the sexual relation.

We are not suggesting that it is necessary to have lived an event or known certain things to make or write a film on it, or that all the characters must be realistic, otherwise no one would ever do anything, and cinema would have no more freedom. We’re just pointing out that you need a lot of informations before choosing to represent some things, keeping in mind that they will necessarily have an impact on the public. And we put an important point on the fact that the people concerned are more able to represent what they know and what they are currently living. A woman will know better than a man how to represent the female desire during sex scenes, it’s common sense. 

On screen, the man will come during all his intercourses and once he climaxed, the sexual relation will be over. There is little, even no representation of women’s pleasure on screen and it did not seem to be a problem for years. However things change, we can, of course, take the example of Greta Gerwig’s fantastic film, Lady Bird, released in 2018, in which the representation of the first time of the protagonist is very well mastered: Lady Bird’s disappointment and dissatisfaction is at the center of this scene. Here, Gerwig doesn’t try to make the first sexual relation for something it is not, she doesn’t make us believe that Kyle’s behavior -the character with whom Lady Bird had sex with- is normal, he came after a minute, he doesn’t talk to her and acts like everything is the way it’s supposed to be. The fact that Lady Bird yells “I was on top! who the fuck is on top their first time?!” is very important, we highlight the absence of her pleasure and the fact he didn’t care for that.  It’s important to represent women’s bodies, to talk about their insecurities and, of course, their pleasure.

Lady Bird (dir. Greta Gerwig)

To support our thoughts, we had the chance and pleasure to exchange with Jessica Barr, lead actress and co-writer of the film Sophie Jones

Sophie Jones was one of our favorites of the Festival, it is a sincere and relevant coming of age movie, highlighting a protagonist who happens to be quite complex but who remains endearing. Although she can be quite annoying for many, Sophie is a character very representative of the personality of many teenage girls, she is not perfect, she has her flaws but stands up for who she is, this makes the character very human and relatable. 

Sophie Jones tells the story of a 16 years-old girl who lost her mother the previous year and is discovering her sexuality. It is a first feature film very well mastered and intelligent, first of all by its scenario but also by the staging, directing and the camerawork. Their choice to do handheld creates a real relationship between the camera and the main character, the film becomes very sensual and poetic. This camerawork is especially bold during the intimate scenes of Sophie, we find ourselves with her or even at her place: her sexuality being a central topic of the film, it is extremely well done and represented. The film is therefore of a rare cleverness, featuring a strong female character who is the master of her destiny and body, all accompanied by a stunning indie/pop soundtrack.

Jessica Barr, on the set of Sophie Jones
Jessica Barr and Jessie Barr on the set of Sophie Jones

You co-wrote the movie, was it important for you and Jessie to write a film where the sexuality of the main character (therefore a 16 year-old-girl) wasn’t a taboo? 

Growing up, the thing that consumed a lot of my time in high school was getting together with my close girlfriends and talking about sexual experiences in excruciating detail. We would spend hours in our rooms laughing about blowjobs, crying over first times that had ended in assaults, comforting each other through this new and adult territory. Sex as a means of control, sex as a means of escape, sex as a means of pleasure – the death of my Mother may have been the reason I was so consumed by it in high school but all of my friends were also equally as invested in their sexual escapades and discovery. 

I don’t think I sought out to write a film where the sexuality of a young girl was treated with respect and without judgement, I was just writing what I knew based off of my lived experiences.  My cousin (director, producer, co-writer) Jessie was the one who helped me form the sexual complexities in Sophie Jones, and she may have been more interested in starting a dialogue around your question. I’m very happy Jessie was able to provide an outside perspective (in regards to the sexuality aspect), and she pushed me to explore many aspects of Sophie’s sexuality that I wouldn’t have thought about. 

One of my favorite scenes, which Jessie shaped a lot, is when Sophie sits and has a conversation with her friend Claire about her sexual escapades. The question of pleasure is brought up by both girls, and this is a very mature topic that I haven’t seen in a lot of high school coming of age movies. There is always the discussion of sex and showing sex, but there aren’t a lot of American movies that talk about the female orgasm or women having sexual pleasure in high school relationships.

I never talked about or understood what having an orgasm was fully until college and so I’m really proud that in the film there are two girls talking about sexual pleasure because it’s important.  It’s insane that guys in high school get to cum every time they have sex and many women never will, or fake it because they feel bad for taking up time. 

Do you think the representation of sexuality is important, even necessary in coming of age movies? 

I think it’s definitely important but not necessary.  Jessie always said that she loves coming of age movies because everything is a first, and I think that I agree. Whether a protagonist is having sex for the first time, having their heart broken, losing a best friend in a fight, or stepping into a role of an absent parent — it’s all the more intense because they don’t know how they will navigate the aftermath of these events. 

Do you think it would have been easier to write this movie if the protagonist were a man? 

I don’t think so. Sophie isn’t the most likable character, she is rude, selfish and compulsive. I have received feedback that she is a hard character to empathize with or root for. Personally, I enjoy female characters that aren’t the most likable because it’s not something you often see and it makes her more human. If Sophie was a man I think it would have been more problematic, but maybe not. There are so many films where men act exactly like Sophie does, yet men viewers never seem to rail on them, but they are usually side players and not leading roles. 

Like in Fleabag, our protagonist is deeply flawed. But that doesn’t mean she doesn’t deserve love. Some of my favorite female characters share Sophie’s cynicism; Julie in​ 20th Century Women, Veronica in ​Veronica Mars a​nd ​Joey​ in Dawson’s Creek. All of these women are guarded because they have been hurt in life, their caustic quirks may render them to some as insufferable, but are simply coping mechanisms to navigate their world. 

What effect do you think the representation of the sexuality of teenage girls could have on nowadays society? 

The social construction of gender is a strange phenomenon that most institutional structures refuse to acknowledge. Women learn about gender roles in many ways, and an important part of that is from film and television. The same can be said of race and of all types of sexuality, the images on a screen can be very persuasive especially if it is the first time a girl is being introduced to such topics. 

I believe it is vital for women to helm projects about women, for BIPOC and LGBTQ storytellers to be the ones in charge of their own narratives. For far too long white men have controlled these stories, and we are at a turning point in how media is consumed and shared. It’s an exciting time to be a storyteller and grow up as a teenage girl because of the access to so many diverse stories that are pumped out daily on streaming platforms. 

What do you think about the representation of sexual relations of women in movies or tv shows nowadays? Do you think it’s realistic? 

I think it depends on what shows or movies you watch. The sex scenes in ​American Honey​ by Andrea Arnold are vastly different than the ones in the CW show ​Vampire Diaries​ (a quarantine obsession of mine). 

In films like Arnolds, Elizabeth Wood’s ​White Girl​ or ​François Ozon​’s Jeune et Jolie -​ or in T.V. shows like ​Girls,​ ​Insecure​ and​ Normal People​, the writers/directors aren’t afraid to show the parts of sex that aren’t inherently sexy. These movies show the uncomfortable truths behind what it means to be a woman during sex, and the power structures in intimacy between race, class and gender.

I find these examples extremely realistic, but there are still many TV shows and movies that portray woman during sex as almost watching a porno. Many women actors are told to arch their backs, moan loudly, and have their makeup perfectly in place. I think intimacy in movies and television is changing for the better though, and intimacy coaches in Hollywood who guide actors through sex scenes are slowly becoming the new norm. 

What I really liked about Sophie Jones was the way you were filmed, it was like a sensorial experience, how do you think the camera work has an impact on how the sexual relations/the women’s body are perceived by the audience?

The whole movie our wonderful DP Scott Miller follows Sophie’s perspective. Scott and Jessie chose to do handheld for a more visceral experience, not unlike the style of ​American Honey​ we are with Sophie the entire time. This works especially well during more intimate scenes, when Sophie asks Kevin to give her a hickey we are on her face as she experiences that pain/pleasure. 

When Sophie has sex for the first time we see her face go from anger, frustration, confusion to terror. I don’t think the sexual scenes are filmed for a certain audience, we just wanted to be truthful to Sophie’s experience. But the fact that two women wrote it and a woman is directing it allows for a more complex representation of sex and intimacy —- which goes into your next question. 

Do you think the female gaze is important when it’s a matter of the representation of women’s sexual life? 

I think it’s immensely important. To wrap up my thoughts on this – One of my favorite pictures of all time is by Richard Avedon – of Patty Jenkins staring at Charlize Theron.

Theron is in classical Greek statuesque pose naked, looking at the lens, and Jenkins is observing her. Coming off the success of their film ​Monster, I​ believe Avedon is making a point about Patty – she doesn’t see Theron as a sexual object as many in Hollywood have tried to pin her as. Charlize is beautiful AND multifaceted, Patty understands that more than any man can. What I see in a lot of movies that men make is the madonna or the whore archetype for women – either she’s a prude or a slut most of the time and her identity is constructed around these two extremes. Women understand that these labels are misogynistic, that it is possible to be both, and that their identities are based off of so much more. 

We deeply thank Jessica Barr for her kindness and for agreeing to speak with us on this important subject.

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